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L'article ci-dessous est extrait du livre "Plogoff, un combat pour demain". On y parle de l'activité des CLIN (comités locaux d'information nucléaire) et en particulier de celui de Landerneau qui a été à l'origine de la première association écologiste dans la commune.

Le CLIN de Landerneau avait pris la charge du journal "Nukleel", le journal des CLIN. Pendant quatre ans, malgré les moyens rudimentaires à la disposition des rédactrices et rédacteurs, il a été diffusé entre 3000 et 5000 exemplaires. Lien essentiel entre les différents comités, c'est un témoignage vivant de la lutte.

 

Au moment où l’enquête publique va démarrer à Plogoff, jetons un coup d’œil sur les acteurs de la pièce. Au centre, le comité de défense de Plogoff et le conseil municipal. Autour, les Clin et Comités Plogoff mais aussi les associations de protection de l’environnement, les associations de consommateurs ainsi que la multitude de tous ceux qui, pour des raisons diverses, ont mis leur énergie au service de ce combat. En face, la machine politique et administrative, la préfecture, les forces de l’ordre.

Les Clin.

A juste titre, la publicité faite autour des longues journées de résistance de Plogoff a mis sur le devant de la scène la population de Plogoff, son comité de défense, son maire et son conseil municipal. Le rôle des Clin a été moins visible. C’était leur choix. Ils ont pourtant été un des facteurs essentiels du succès.

Qui sont-ils ? Après le CRIN de Erdeven (comité régional d'information nucléaire), les premiers CRIN de Cornouaille puis les Clin de Ploumoguer, Brest et Landerneau (comités locaux d'information nucléaire). Ils sont bientôt 70 à 80 comités couvrant toute la Bretagne et regroupés dans une coordination régionale. Chacun regroupe de 10 à 50 militants mobilisables à tout instant.

Leur première caractéristique est la jeunesse de leurs adhérents.

Les plus âgés ont autour de trente ans. Ils avaient entre 20 et 25 ans dans les années 68. Ils ont l’expérience des manifestations improvisées, des occupations d’usines et de bâtiments administratifs, des distributions de tracts, des collages d’affiches organisés dans l’urgence. Ils ont accompagné, en pensée et en actes, les travailleurs de LIP reprenant en main leur destin. Ils ont résisté à la militarisation avec les paysans du Larzac. Paysans, ils se sentent avant tout des travailleurs de la terre. Jeunes travailleurs et militants syndicalistes, ils ont secoué les vieilles routines des actions catégorielles et retrouvé la tradition des luttes anti-hiérarchiques. Ils attendent encore le second souffle de la fête qui, en 68, leur a embrasé l’imagination. Ils ont un métier, parfois de jeunes enfants. A 32 ans, ils apparaissent déjà comme les « vieux » du mouvement.

Les plus nombreux sont encore étudiants ou affrontent leurs premières années de "vie active". Ils se sont rodés au hasard des mouvements lycéens qui, depuis 10 ans, entretiennent une agitation constructive. Ils ont connu des moments forts comme ceux de la lutte contre les "lois Debré" qui les ont vus défiler avec un entonnoir retourné sur la tête. Les plus jeunes sont encore lycéens. La catastrophe de l’Amoco Cadiz et les comités anti-marée noire ont été leur porte d’entrée dans la mobilisation antinucléaire.

Les Clin se sont organisés sur un mode « libertaire ». Ils ne sont pas déclarés en préfecture. En leur sein pas de conseil d’administration, pas de président, même pas de porte-parole. Tout se décide en assemblée générale. Les fonctions pratiques, secrétaire, trésorier, sont tournantes. Le même esprit structure la coordination régionale des comités : le secrétariat est confié à un groupe local renouvelé chaque année. Quand Plogoff est venu remplacer Ploumoguer en tête du palmarès des sites nucléaires, le Clin de Ploumoguer, riche de son expérience, s’est vu confier ce premier secrétariat régional. Quand l’enquête publique est venue concentrer la mobilisation sur Plogoff, le Clin de Plozévet, dans le Sud-Finistère a pris le relais. Cette organisation large, bien structurée, fonctionnant au consensus vivra sans heurt pendant toute la durée de la lutte. Son absence de représentation " officielle " sera un élément d’efficacité. Personne sur qui faire pression, personne avec qui négocier un compromis " politiquement raisonnable ". Pas de longs et inutiles débats pour dégager une " ligne politique ". Une seule volonté : s’opposer à la centrale. Une méthode : s’informer et informer.

Informez vous !

 

Une affiche de Alain Le Quernec, affichiste quimpérois, figure dans les collections de plusieurs musées d’art moderne. Elle lui a été demandée par le Clin de Landerneau (voir son histoire).

 

Photo Gérard Borvon

En gros plan, le visage d’un homme. Le flash qui l’éclaire suggère qu’il est déjà trop tard. En dessous, en bandeau, le même personnage dans l’attitude connue des trois singes de la tradition asiatique. L’un a les mains sur les oreilles, l’autre sur les yeux, le dernier sur la bouche. Surtout, ne rien entendre, ne rien voir, ne rien dire.

Le message au sommet de l’affiche n’est pas un slogan. Il invite à refuser la fatalité, à écouter, à regarder, à parler :

"Nucléaire, Informez vous !".

La popularité des Clin devra beaucoup à ce choix d’informer et d’abord de se former.

Un premier manifeste des Clin de Bretagne est rédigé à Ploumoguer en décembre 1975. Il résume la philosophie du mouvement en une seule phrase : nous sommes tous des experts !

- Nous sommes tous des experts scientifiques. Nous irons rechercher l’information là où elle se trouve et la diffuserons à tous.


- Nous sommes tous des experts politiques. Nous allons choisir nous-mêmes la façon dont nous voulons vivre.

La Bretagne est l’une des dernières régions à avoir subi la convoitise de EDF. Ailleurs, des comités ont déjà fonctionné, des réseaux d’informations se sont mis en place. Les Clin sauront utiliser cette expérience.

L’expérience des réseaux scientifiques d’abord. Celui, par exemple, du GSIEN (Groupement de Scientifiques pour l’Information sur l’Energie Nucléaire). L’initiative est venue de scientifiques de l’université de Paris-XI (centre d’Orsay). Inquiets du contenu du programme électronucléaire décidé en 1974, ils sont particulièrement révoltés par le contenu contestable du rapport expédié par le ministre d’Ornano à tous les élus locaux concernés par des projets de centrale. Ils décident donc de publier une plaquette sur les "risques et dangers du programme électronucléaire" qui tentera de rétablir l’équilibre. Ce premier document sera une mine pour les militants, il sera suivi d’une publication périodique, la "gazette du nucléaire" et d’un livre publié aux éditions du Seuil, "électronucléaire-danger". Les tables de presse des Clin en diffuseront des centaines. Leurs auteurs seront régulièrement invités.

L’expérience des réseaux syndicaux est également d’une aide précieuse. Les syndicats de l’énergie CFDT, en particulier. Présents au cœur du système, ils fournissent une information puisée à la source. L’ouvrage qu’ils publient en 1975, "L’électronucléaire en France", sera dans la bibliothèque de chaque militant.

L’expérience des réseaux militants est la plus précieuse. A Fessenheim, à Malville, à la Hague, des groupes ont déjà déblayé le terrain. Leurs revues, leurs modes d’actions peuvent être exploités.

 

Quand le CLIN de Landerneau donnait des cours du soir.

 

Au fur et à mesure des compétences s’affirment. Le Clin de Landerneau, par exemple, a décidé d’inviter ses concitoyens à de véritables "cours du soir". Une conférence, cela s’oublie. Les participants sont priés de venir avec leurs questions mais aussi avec leurs cahiers et leurs crayons pour prendre des notes. Cinq dates :

Jeudi 8 mars 79 : Quels sont les différents types de centrale nucléaire ? Quelles pollutions produisent-elles en fonctionnement normal ? Quels sont les accidents possibles ?
 

Jeudi 15 mars : Les déchets radioactifs. Le problème du retraitement (La Hague).
 

Jeudi 22 mars : Les lignes à haute tension. Leur impact sur l’activité économique. Leur impact sur la santé.
 

Jeudi 29 mars : Les énergies nouvelles, renouvelables et non-polluantes. Leur avenir.
 

Jeudi 5 avril : Le nucléaire militaire.

Les séances commencées à 18heures durent une heure et demie. Les exposés "laisseront la majeure partie du temps aux questions et aux échanges", précise l’article d’invitation. Et surtout, "aucune connaissance préalable n’est nécessaire" ajoute-t-il.

Et cela marche. Du lycéen au retraité, 40 à 50 personnes participent au cycle de cinq cours.

 

Voir : Quand le CLIN de Landerneau donnait des cours du soir.

La pratique se répand et les "formateurs" improvisés tournent de commune en commune. Sentiment étrange, après avoir affronté les chemins brumeux des Monts d’Arrée, de Cornouaille ou du Léon, que d’ouvrir la porte du seul local resté éclairé dans le bourg pour recevoir l’accueil chaleureux d’une cinquantaine de personnes venues en voisins pour une "veillée" de nature très particulière.

La parole partagée.

Parfois, dans les réunions, l’information vient de la salle.

C’est par exemple le témoignage d’un médecin. Un de ses patients, embarqué sur un sous-marin nucléaire, a subi une irradiation accidentelle. Hospitalisé dans un centre de "convalescence" de la marine il n’en est pas revenu. Sa veuve n’a jamais pu avoir communication de son dossier. Secret militaire.

C’est, encore, un artisan électricien qui a longtemps servi au CEA, version militaire. Il témoigne, en 1978, avoir participé à l’expérimentation d’obus à forte pénétration dont la tête était constituée d’uranium 238 "appauvri". Le choc contre les cibles fait fondre l’uranium qui s’enflamme. L’oxyde d’uranium obtenu est ramassé "à la petite cuiller" par des appelés mal informés tandis que le sol n’est parfois recouvert que d’un simple jet de goudron pour fixer les particules. Il ne supportait plus les risques, il a quitté l’armée.
 

Nous écoutons. Le propos semble sincère, le témoin très compétent en matière de nucléaire, mais il nous est difficile d’imaginer une telle irresponsabilité.

Pourtant... 1991, première guerre du golfe. On découvre que de nombreux soldats anglais et américains de retour dans leurs foyers sont victimes d’une étrange maladie. On note, en particulier un nombre élevé de cancers. Fortement soupçonnés : les obus perforants à tête d’uranium 238.

L’Uranium 238, encore appelé "uranium appauvri", est un sous produit de l’industrie nucléaire. On sait que l’uranium "naturel" est pour l’essentiel de l’uranium 238 contenant 0,7% d’uranium 235. C’est cet uranium 235, susceptible de donner des réactions explosives, qui est utile à la fabrication d’armes ou de cœurs de centrales. Il faut donc "écrémer" l’uranium pour obtenir un produit plus riche en isotope 235. Le "déchet" de cet enrichissement est de l’uranium qui ne contient plus que 0,3% d’isotope 235. Des milliers de tonnes de ce produit encombrent les sites nucléaires. Qu’en faire ?

On l’a d’abord utilisé comme lest. Les ouvriers de l’arsenal de Brest qui ont travaillé sur le "Penn Duick" de Tabarly s’en souviennent : ils devaient porter un dosimètre car la quille du bateau était constituée d’uranium 238. Sa forte densité lui vaut également la fonction de lest pour équilibrer les ailes d’avions de ligne. Le problème est que ce corps s’enflamme vite. Quand un Boeing de la compagnie El Al s’est écrasé sur une banlieue d’Amsterdam, les responsables de la compagnie ont reconnu que l’appareil portait 390 kg d’uranium appauvri dont 150 kg ont été vaporisés dans l’incendie qui a suivi, contaminant les quartiers voisins. A la suite de ce crash, 850 habitants du quartier où le Boeing s’est écrasé ont dû être traités pour des "maladies inhabituelles". (Bruno Barillot - Uranium appauvri - un dossier explosif. Golias. 2001).

Mais l’uranium 238 est aussi un métal très résistant qui a, de plus, la propriété de s’enflammer après l’impact. D’où l’idée de l’utiliser comme "pénétrateur" dans les obus incendiaires antichars. Pendant la première guerre du golfe on estime que 940 000 cartouches de 30mm en uranium appauvri ont été tirées par les avions A-10 américains et 14 000 munitions de 105 et 120mm tirées par les chars. Au total 300 tonnes d’uranium ont ainsi été répandues dans le désert irakien. (sources : Bruno Barillot)

Le phénomène s’est reproduit en Bosnie et au Kosovo où 40 000 projectiles à l’uranium appauvri ont été tirés par l’aviation américaine. Naturellement, les militaires au sol n’ont pas été informés des dangers qu’ils couraient à s’approcher des points d’impacts et, encore moins, la population civile.

L’uranium 238, en plus d’être radioactif, est comme beaucoup de métaux lourds, un poison violent. Ces guerres "chirurgicales" étaient, en réalité, des guerres "sales" dont les premiers effets ont été constatés sur les soldats et qui empoisonneront pendant longtemps les populations "libérées".

Retour en 1978.

Autre témoignage, celui d’un jeune ouvrier chauffagiste. Ayant devancé l’appel au service militaire afin de "voir du pays", il est envoyé sur les îles de Polynésie. Un essai nucléaire mal dosé ravage l’atoll de Fangataufa, il y est déposé avec une équipe de jeunes militaires pour tracer une piste d’atterrissage. Il se souvient de la poussière soulevée par les bulldozers et de la chaleur qui les obligeait à rester en short et chemisette. Il se souvient surtout de l’arrivée du premier avion et du débarquement des "spécialistes", en combinaison blanche et masque à gaz, bardés d’appareils de mesure. Rapatrié, il a été démobilisé sans examen ni dossier médical.

 

16 novembre 2002 : une réunion dans la commune de "La Martyre" dans le Nord-Finistère. L’association des "vétérans des essais nucléaires" qui s’est créée l’année précédente, plus de trente ans après les essais, recueille des témoignages. Devant la caméra qui l’enregistre, Jean-Henry Bouffard, retraité de la marine se souvient :

" La pire des bombes a été Canopus, dans l’atoll polynésien de Fangatoffa en 1968. 400 fois Hiroshima... Les poissons et les cocotiers ont tous grillé. La piste d’atterrissage a fondu. A 10 km, j’ai filmé le champignon. En short et en sandalettes. Au moment de l’explosion on tournait juste le dos pendant 10 secondes."
Et les témoignages se succèdent dans la salle où ont pris place plus de 200 vétérans ou leurs veuves. A la tribune l’amiral Sanguinetti sait de quoi il parle : il y était. A ses côtés, Simone de Bollardière, épouse du général de Bollardière militant actif contre les essais nucléaires en Polynésie.

 

Les vétérans se battent d’abord pour ne pas mourir dans l’indifférence. Aujourd’hui les cancers les rattrapent. Ils espèrent beaucoup du projet de loi déposé par Marie-Hélène Aubert, députée verte, afin que l’état français exprime un message fort " vis à vis de tous ceux et celles qui ont eu à subir des séquelles sur leur santé et celle de leurs descendants du seul fait de leur participation aux expériences nucléaires de la France".

Les associations s’engagent.

Peu après la création de leur comité, les militants du CLIN de Landerneau ont la surprise d’être contactés par le représentant local de "L’Association Pour la Protection des Salmonidés en Bretagne" (APPSB)

Nucléaire et saumon même combat ?

Il apporte avec lui, en plus d’un montage de diapositives illustrant les premiers méfaits de l’agriculture industrielle en Bretagne, une réflexion déjà avancée sur les méfaits du "productivisme". Les questions que se pose l’association vont "bien au-delà de la simple réflexion sur le poisson". C’est tout un mode de vie qu’il faut remettre en cause. Une société avide de profit à court terme, "une technocratie qui n’a foi que dans la technique aveugle, assurée qu’indéfiniment elle apportera des solutions aux erreurs qu’elle ne cesse d’accumuler, n’est plus acceptable" déclare son représentant.

Paradoxal : des "pêcheurs à la ligne" sont parmi les premiers à faire une analyse politique clairvoyante du monde qui s’annonce. Parmi les premiers à comprendre que le mépris de l’environnement traduit un mépris de l’homme. Une philosophie résumée dans leur slogan :

"Quand le poisson meurt, l’homme est menacé".

 

Devenue depuis "Eau et Rivières de Bretagne", l’association est aujourd’hui incontournable pour tout ce qui concerne les problèmes de pollution de l’eau, des sols et de l’air. En 1976, il lui fallait une bonne dose de courage intellectuel pour s’engager dans la lutte antinucléaire. Dans un article du 4 octobre 1978, son président et membre fondateur, Jean-Claude Pierre explique ce choix :

" Toujours plus. Voilà le maître mot et notre soif d’énergie n’est en fait que la conséquence d’une boulimie généralisée qui traduit peut-être quelque secrète angoisse...
 

Des biens de consommation sans cesse plus nombreux, et plus sophistiqués, des performances technologiques accrues, mais pendant le même temps de moins en moins d’air pur, d’eau pure, de silence : le gaspillage érigé en système...
Aujourd’hui nous sommes mis en échec par le lisier et les nitrates et demain nous maîtriserions le plutonium ?" ( cité dans "Les Rivières m’ont dit" - Jean Claude Pierre -)

Juste retour des choses, les Clin participeront aux débroussaillages de rivières organisées par l’APPSB. Ainsi celui de juillet 1977 sur l’Elorn. Il s’agit de nettoyer 2,5km de rivière qui étouffent sous la végétation. Les riverains ne coupent plus les arbres des rives. Hier bois de chauffage, ils sont, aujourd’hui, sans valeur. La lumière ne pénètre plus jusqu’à l’eau. La rivière meurt. Tout cela, les centaines de militants arrivés en renfort l’apprendront sur le terrain de la bouche de pêcheurs chevronnés qu’ils n’imaginaient pas avoir, un jour, l’occasion de côtoyer. Plusieurs de ces militants, venus à l’écologie par le nucléaire, comprendront la multiplicité des combats pour l’environnement et rejoindront, en retour, l’association.

Le CLIN de Landerneau avant la tempête.

Septembre 77. Malgré Malville, manifestation suivie par plusieurs membres du CLIN de Landerneau, et la mort de Vital Michalon, la résolution est intacte. Surtout ne pas tomber dans le piège de la violence, informer, imaginer des formes d’action nouvelles, rassembler. Un coup d’œil sur les archives d’un Clin, celui de Landerneau, révèle le quotidien d’un comité local.

 

 

réunion du 12 septembre :
projet de rencontre avec la CGT et la CFDT pour aplanir les malentendus après Malville.

 

3 octobre :
- Préparer une tournée du clown Kergrist pour février. Jean Kergrist, le "clown atomique", est le meilleur ambassadeur de la cause antinucléaire. Son humour, sa didactique, sont imparables. Depuis le début de la lutte il promène son TNP (Théâtre National Portatif) sur toutes les scènes de Bretagne et d’ailleurs. 25 ans plus tard, les cibles se sont multipliées mais son énergie est restée intacte.

 


- Préparer une semaine du film antinucléaire. Le collectif "grain de sable" qui diffuse une remarquable série de films militants a été contacté. "Grain de sable" regroupe des professionnels du cinéma qui se sont réunis en 1974 pour travailler à un cinéma construit avec les témoins directs des mobilisations. Le catalogue qu’ils nous communiquent contient des films sur l’école (68 est encore très proche), sur le monde du travail mais aussi, et c’est nouveau, sur les premières luttes pour la défense de l’environnement.

 

 

Le fest-noz est l'autre moyen de communiquer.

 

 

24 octobre :
- Préparer un stage de sérigraphie. D’abord cantonnés dans les caves et les garages, les ateliers d’imprimerie par sérigraphie vont se multiplier dans les "maisons pour tous" et les "centres sociaux". L’esprit de "mai" fleurit à nouveau. Les affiches ont quitté les murs du quartier latin pour éclore au cœur de chaque bourg. Elles font aujourd’hui le bonheur des collectionneurs et des musées spécialisés.

 

7 Novembre :
- Mettre en place l’opération "auto réduction de 15%". Le premier mai 1976, pour financer sa politique du "tout nucléaire", EDF a augmenté ses tarifs de 15%. L’idée germe de réduire soi même sa facture d’électricité de 15%. L’action est suivie par 4000 personnes en France. L’exemple est donné d’un immeuble de Nantes où 80 familles participent à ce retrait. A ce stade du mouvement, EDF peut encore se permettre de couper le courant aux récalcitrants. Certains paient et recommencent. D’autres tiennent bon.

 

Un groupe de militants installés dans une ferme proche de Landerneau, se trouve dans ce cas. Privés d’électricité, ils ont pu ainsi, pendant plus d’un an, expérimenter ce "retour à la bougie" dont les menacent les partisans du nucléaire : soirées chaleureuses entre copains autour d’un feu de bois, lumière vacillante des lampes à pétrole réquisitionnées dans les familles. L’occasion, peut-être, de se souvenir, avec Bachelard, que " Jadis, en un jadis par les rêves eux-mêmes oublié, la flamme d’une chandelle faisait penser les sages".

 

L’expérience se prête, pour le moins, à une réflexion concrète sur les alternatives au nucléaire : les économies d’énergie, les éoliennes, le solaire. Certaines maisons aujourd’hui "autonomes" ont été "rêvées" au cours de ces soirées. Généralisé, ce mouvement de désobéissance civile aurait pu avoir un impact fort mais la non-violence demande un courage individuel allié à un engagement quotidien. Il est plus facile de participer à des manifestations massives et sporadiques. Le mouvement n’aura pas l’ampleur souhaitée.

 

Une expérience n’est, cependant, jamais oubliée. En Bretagne mais aussi dans d’autres régions, des consommateurs font des retraits sur leurs factures d’eau pour protester contre la pollution par les nitrates et les pesticides. Demain d’autres, peut-être, reprendront le flambeau pour bloquer la relance du programme électronucléaire français.

 

28 novembre :
- lecture d’un article du "Nouvel Observateur" concernant un rapport de la commission des finances de l’assemblée nationale, extrêmement critique vis à vis du programme électronucléaire et affirmant tout simplement qu’il constitue un gouffre financier. Nous reparlerons de ce rapport qui sera désigné par la suite comme le "rapport Schloesing", du nom de son rapporteur. Décision est prise de le commander et de le diffuser.

 

12 décembre :
commander des autocollants. La voiture d’un antinucléaire, vieille "4L" ou "4 chevaux" déglinguée, se reconnaît du premier coup d’œil à la somme et à la diversité des autocollants qui la recouvrent. Révolte, humour, dérision, s’y expriment sous toutes les formes. Le plus diffusé sera le "soleil souriant", rouge sur fond jaune, dont le "nucléaire non merci" sera décliné dans toutes les langues. " Nukleel, Nann Trugarez" sera ainsi le slogan antinucléaire breton le plus populaire.

 

 

 

26 janvier :
Le journal Ouest-France fait part d’une information des services officiels suisses qui envisagent comme possible l’arrivée au-dessus de la région brestoise, le vendredi 27 à midi, du nuage radioactif résultant de la chute du satellite soviétique "Cosmos 954". Ce nuage est estimé à 300 km de long sur 50 à 65 km d’épaisseur. Dans une lettre ouverte, le Clin demande au préfet quelles sont les mesures prises pour informer et protéger la population.

 

31 janvier :
Réponse du préfet :
"J’ai l’honneur de vous faire connaître que la radioactivité de l’atmosphère est surveillée en permanence dans le département, au moyen d’un réseau d’appareils disposés dans les centres de secours des Sapeurs-Pompiers, les Commissariats de Police ou les Brigades de Gendarmerie, de façon à assurer un quadrillage complet du département.
J’ajoute que ce réseau n’a signalé à ce jour aucune variation de la radioactivité atmosphérique à la suite de la rentrée dans l’atmosphère de "COSMOS 954"
Le préfet aurait pu ajouter qu’il dispose à Brest des mesures quotidiennes réalisées par la marine nationale. Ces services ne détecteront pas non plus, le nuage de Tchernobyl, plusieurs années plus tard. Chacun sait que la pollution radioactive respecte les frontières de la France, qu’elles soient terrestres ou maritimes !

 

20 février :
- le programme du festival est bouclé. Il se tiendra entre le 15 et le 23 avril. Quatre films sont retenus :

. "La bombe", de Peter Watkins se présente comme un reportage TV. Une ogive nucléaire s’abat sur Londres. La fiction est assez proche de la réalité pour que la BBC ait renoncé à programmer le film, dans la crainte d’affoler la population.

. "Nucléaire Danger immédiat", de Serge Poljinsy traite du programme nucléaire français. Des "paysans-travailleurs" luttent contre ceux qui veulent les expulser pour construire une centrale nucléaire sur leurs terres. Inculpés pour actes "violents", ils deviennent accusateurs.

. "Docteur Fol Amour" de Stanley Kubric met en scène, avec humour, un savant atomiste déséquilibré qui déclenche un conflit nucléaire mondial.

. "Kashima Paradise" de Yann Le Masson et B. Deswarte décrit la résistance acharnée des paysans de Narita, au Japon, entre Kashima et Tokyo, contre la construction d’un gigantesque aéroport international. Certains des acteurs de cette lutte auront l’occasion de rencontrer les gens de Plogoff lors d’une fête sur le plateau du Larzac.

 

 

- élections législatives : ce n’est manifestement pas le premier sujet de préoccupation. Un espoir a été cassé à Malville. Même les deux candidats de "Ecologie 78" n’entraînent pas autour d’eux la mobilisation qu’ils avaient des raisons d’espérer. Le Clin de Landerneau estime cependant devoir jouer son rôle civique et interroger les candidats. En 40 questions tous les aspects de la politique énergétique de la France sont évoqués, du nucléaire aux énergies nouvelles. Une seule candidate répond :

"J’ai bien reçu le questionnaire que vous m’avez adressé au sujet de l’énergie nucléaire.
Il ne m’est évidemment pas possible de répondre à l’ensemble des questions mais je tiens à vous faire savoir qu’elles ont retenu mon attention"

Sans commentaire !

 

2 mars :
Soirée électorale à Ploumoguer. Le Clin a invité les 7 candidats de la circonscription. Six ont répondu : P.S, P.C, U.D.B, L.O, R.P.R, U.D.F. En face un millier d’électeurs. Du jamais vu dans cette circonscription sage où le RPR établit généralement ses records nationaux. Bien sûr, aucun candidat ne se déclare favorable à la centrale. De l’avis des journalistes présents, le grand vainqueur est le Clin qui a donné, devant la population réunie, l’image d’une organisation sérieuse, aux positions réfléchies, capable de mobiliser largement.

 

12 mars :
Premier tour des élections législatives. La gauche piétine.

 

17 mars :
Au réveil, une odeur épouvantable. Difficile à définir : gaz ou pétrole ? Chacun, de Brest à Lorient se précipite vers sa gazinière ou sa chaudière pour en vérifier l’alimentation.

 

Pendant la nuit, le 16 mars à 21heures, l’Amoco-Cadiz s’est échoué sur les rochers de Portsall, une nappe d’un gaz chargé de benzène a recouvert la Bretagne, des flots de pétrole inondent les côtes.

Le CLIN de Landerneau sera immédiatement mobilisé. (voir)

 
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