Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

À Brest et sur la côte du Nord-Finistère, le développement des cancers du poumon et des allergies aurait-il un rapport avec les 350 navires de commerce croisant chaque jour dans le rail ? 

Quelle est la part des navires dans la pollution de l’air ? Brest n’est pas Marseille, mais les gaz d’échappement des navires de commerce et militaires s’ajoutent à la pollution générée par les véhicules terrestres. Et le rail d’Ouessant, avec ses 350 cargos par jour qui tournent plein pot au fioul lourd ?

Le Télégramme

 

Si le transport par la mer reste encore l’un des moyens les moins impactants en matière d’émission de CO2 (au vu de la masse de marchandise transportée par voyage), les compteurs s’affolent quant à l’émission de particules de soufre très nocives (complications pulmonaires et cardiovasculaires scientifiquement avérées). D’après France Nature Environnement, qui s’inspire d’une étude allemande récemment produite sur le sujet, un navire de commerce produirait un million de fois plus de particules de soufre qu’une voiture fonctionnant au diesel. Les navires tournant au fioul lourd étant évidemment les plus polluants au large.

Moteurs auxiliaires à quai

Quel est l’impact des navires en escale ? Un certain nombre de navires de commerce laissent tourner à quai leurs moteurs auxiliaires, pour garder l’alimentation du bord et le carburant non raffiné à température (le carburant se solidifie à froid). Les branchements électriques de forte puissance à quai permettent de couper ces moteurs le temps de l’escale. On en trouve à Dunkerque, Calais, Marseille, Nice (en projet). Brest offre également ce service. Suite à un investissement effectué en 2015, la CCI fournit aussi de l’air réfrigéré aux navires, ce qui permet de couper les groupes pendant les arrêts techniques les plus longs (une quarantaine de gros navires en réparation à Brest chaque année). Mais en règle générale, les navires ne se branchent pas à quai lors des courtes escales et/ou pour des raisons financières, la prestation portuaire étant jugée trop onéreuse. D’autres navires font le choix d’installer des groupes auxiliaires extérieurs pendant la durée de certains travaux. La vingtaine de paquebots qui fréquentent chaque année les quais brestois à la journée a aussi la possibilité de se raccorder électriquement, mais ils ne le font pas et laissent leurs moteurs auxiliaires tourner le temps de l’escale. Idem pour le remorqueur de haute mer Abeille-Bourbon, les groupes toujours allumés au coeur de Brest, afin d’appareiller dans les 20 minutes.

Carburants contrôlés

Les contrôles existent-ils pour vérifier que l’on ne brûle plus de carburant peu ou pas raffiné dès lors que l’on entre en Manche ou pénètre dans un port ? Pour Charlotte Lepitre, de France Nature Environnement, les contrôles sont largement insuffisants. « Un navire sur mille ? », suggère-t-elle. Pour René Kérébel, chargé du centre de sécurité des navires à Brest. « Les contrôles sont plus nombreux que cela dans les ports ». « Rien qu’à Brest, nous procédons au contrôle de carburant (avec analyse d’échantillons) sur une vingtaine de navires par an ». Même si ces contrôles n’indiquent pas précisément le carburant réellement utilisé à l’approche des côtes et le moment du changement précis de carburant, simplement relaté dans le livre de bord (déclaratif). Pour moins polluer, il faudrait recourir à un carburant raffiné se rapprochant de la qualité du gasoil des voitures ou, mieux, passer au gaz naturel liquéfié, encore moins impactant. Mais il faut des moteurs adaptés. Installer des systèmes de filtration des fumées reste aussi une solution, à condition que leurs résidus ne finissent pas en mer (les controversés scrubbers, système de lavage des fumées utilisés par les ferries).

La santé des marins avant tout

Le bénéfice pourrait d’abord profiter aux marins. De récents prélèvements ont montré que l’air était en moyenne 70 fois plus pollué à bord des navires fonctionnant au fioul lourd, comme c’est le cas notamment pour les croisiéristes, ravis de prendre le « grand air » sur les ponts des paquebots. À l’instar du scandale de l’amiante, découvrira-t-on, dans quelques années, les sacrifiés du fioul lourd et du commerce maritime mondial ? Heureusement que les navires de dernière génération adoptent des motorisations plus modernes, moins gourmandes et abandonnent de plus en plus souvent le fioul brut. Les systèmes de filtration et de lavage des fumées s’améliorent comme pour les automobiles. Les pays nordiques et les États-Unis ont largement avancé sur le sujet, avec des mesures de la qualité de l’air qui se généralisent à l’ensemble des côtes, bien au-delà des zones portuaires.

Le Télégramme


350 cargos/jour : au « bon air » du rail d’Ouessant

Alors pourquoi continuer à tourner au fioul lourd ? « Pour des raisons financières », répondent les armateurs. Techniquement parlant, toutes les machines peuvent fonctionner au carburant raffiné. « Et les simulations montrent que cela ne coûte pas beaucoup plus cher d’utiliser un carburant plus propre », appuient les référents de France Nature Environnement.

Rail de fumées

Si la pollution portuaire ne fait plus aucun doute (avec 70 fois plus de particules fines dans l’air respiré en moyenne dans ces villes-ports), on ne dispose encore que de peu d’éléments sur l’impact des grandes voies de navigation et, notamment, l’approche ou la sortie de la Manche au niveau du rail d’Ouessant. Théoriquement, les navires sont dans l’obligation de brûler en Manche un carburant moins nocif avant ou après Porspoder, le point d’entrée ou de sortie de la Manche. Au-delà de Porspoder, un navire faisant route vers l’ouest peut à nouveau taper dans ses cuves de fioul lourd. Mais quel est l’impact de cette véritable autoroute de la mer (350 navires par jour) sur les îles et les côtes les plus proches ? « L’éloignement relatif du rail ainsi que les vents soutenus favoriseraient la dispersion horizontale et verticale des particules », rassurent certains spécialistes. Mais aucune étude détaillée n’a été effectuée sur les îles de la pointe bretonne, déjà localement impactée par leur centrale à gasoil assurant l’alimentation électrique 24 heures sur 24.

À Brest et sur la côte du Nord-Finistère, le développement des cancers du poumon et des allergies aurait-il un rapport avec les 350 navires de commerce croisant chaque jour dans le rail ? Des chercheurs planchent actuellement sur le sujet. Leurs travaux n’ont pas encore été diffusés.

Militaires en progrès

Y a-t-il des raisons d’espérer des améliorations en la matière ? Oui, avec l’évolution des motorisations et le recours à des carburants davantage raffinés. La Marine nationale figure d’ailleurs parmi les bons élèves ; en lançant des navires bien moins impactants que par le passé. Les récentes frégates multimissions n’ont plus rien à voir avec la Jeanne-d’Arc ou les vieilles frégates anti-sous-marines encore en service, sans parler des vénérables avisos qui gratifient encore la base navale de leur impressionnant panache de fumée (Commandant-L’Herminier). Côté branchements à quai, cela fait des années que la Royale en est équipée et coupe ses moteurs auxiliaires dans le port. « Le choix d’un carburant raffiné aux normes Otan (F76) a également permis de diminuer drastiquement le niveau de pollution en émissions aériennes des navires militaires », ajoute-t-on à la préfecture maritime de l’Atlantique.


Drone à la rescousse

La France annonce la prochaine mise en service de drones pour venir effectuer des mesures d’air au-dessus des navires qui traversent la Manche... Une équipe pourrait opérer à partir d’Ouessant.

Usine à gaz

Les ports méditerranéens réfléchissent à des systèmes d’aspiration géants, sorte de hottes de cuisine à placer au-dessus des cheminées fumantes des paquebots, afin de capter les particules nocives qui s’en échappent.

Le scandale des scrubbers

Les ferries sont équipés de systèmes censés capter les produits polluants issus de la combustion du carburant. Mais que deviennent ces résidus récupérés avant de filer dans l’atmosphère ? Ils sont tout bonnement rejetés à l’eau avec les fluides qui permettent de les capter. Ce qui ne monte pas en l’air finit donc dans l’océan.

Le Télégramme

__________________________________________________________________

Pour aller plus loin.

 

RESPIRER TUE. Un livre pour s’informer et agir contre la pollution de l’air.

 

Tag(s) : #actualités.

Partager cet article

Repost 0