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C'est un  article du journal Le Télégramme daté du 28 juillet 2017 qui nous rappelle qu'il y a 70 ans exactement, l'explosion de ce navire chargé de nitrates avait détruit des pans entiers de la ville qui commençait à peine à sortir de ses ruines. 26 personnes y avaient perdu la vie et 5000 autres avaient été blessées dont un millier gravement.

"Une colonne de fumée grise monte jusqu'à 2500 mètres. Devenant ocre et noire, elle forme un gigantesque champignon atteignant les 4000 mètres d'altitude... Hiroshima et Nagasaki surgissent des mémoires. Le souffle ravageur projette des milliers de débris pesant jusqu'à plusieurs tonnes sur des longueurs dépassant les 15/20 mètres... Un, de quelques kilos, va se ficher à Trémaouézan, situé à 22 km ! "

J'avais à peine plus de trois ans et je me souviens.

Nous étions logés chez mes grand-parents maternels, Antoine et Jeanne Hélou, dans cette petite maison du 15 de la rue Albert Thomas dans le quartier de Traon-Quizac, à Kérinou, où j'étais né en cette nuit du avril 1944 (c'est à dire le 4.4.44, une date facile à retenir). Un couvre-feu avait retenu le médecin toute la nuit en compagnie de mon grand-père. Ma mère se rappelait leurs bavardages incessants sur l'actualité du moment alors que tardait "l'heureux événement" de la naissance du gros garçon qui ne semblait pas pressé de faire la connaissance du monde extérieur.

Après un séjour à Romorantin dans le Loir-et-Cher pour fuir les bombardements de Brest, la famille dispersée par la guerre avait rejoint Brest. Pas facile de se loger dans cette ville en ruine. Tout près de Traon Quizac, se tenait le quartier en baraques du Bouguen où étaient réfugiées les familles sans logement. La maison de la rue Albert Thomas était encore debout et pouvait recevoir les rapatriés mais elle était était bien pleine : mes grand-parents, mes parents avec leurs deux enfants, les oncles Théo et Jean. Six adultes pour faire le bonheur de l'enfant que j'étais !

 

   Le 15 rue Albert Thomas n'occupe que la partie gauche de la maison. 

Ainsi donc ce 26 juillet j'y étais. Plus précisément, à l'heure de l'explosion je jouais dans le jardin d'une maison qui faisait face à celle de mes grands parents. Le jardin de celle-ci était constitué d'une simple pelouse sur laquelle je crois revoir un portique avec des balançoires. Un luxe dans ce quartier où la moindre parcelle de terre était occupée par un potager auquel s'ajoutaient parfois, comme chez mon grand-père, un poulailler et des cages à lapin.

Ce jardin me semblait immense avec ses pommiers aux pommes régulièrement véreuses, ses poiriers accrochés au mur dont les poires peinaient à mûrir, ses framboisiers, ses groseilliers, ses laitues, ses choux pour les lapins, ses poireaux pour le bouillon du kig-ha-farz, ses petits pois que nous chapardions avant qu'ils soient mûrs et même ses pommes de terre dont les primeurs étaient tant attendues. Et pourtant quel mouchoir de poche vu, plus tard, avec des yeux d'adulte.

Le jardin du voisin d'en face était donc la seule aire de jeu du quartier que je partageais régulièrement avec l'enfant de la maison. Autant que je me rappelle le soleil brillait ce jour là et nous étions fort occupés.

Et puis ce fut ce bruit énorme qui nous a pétrifiés et cette soudaine obscurité.

J'ai encore dans les yeux ces nuages sombres qui se déplaçaient avec une vitesse qui me fascinait. Je revois ma mère sortir de la maison de l'autre côté de la rue et me saisir avec une violence inhabituelle. Je crois même me souvenir qu'elle avait franchi la clôture sans passer par la porte du jardin, ce qui, évidemment, n'était pas dans ses habitudes.

 

Il y a toujours un jardin et peut-être une pelouse dans la maison d'en face.

Là s'arrête mon souvenir. On m'a raconté ensuite la découverte de mon jeune frère âgé de six mois. Né en Janvier, il était dans son berceau placé près de la fenêtre. On l'y a retrouvé couvert de débris de verre. Fort heureusement sans aucun blessure. Les vitres de la maison comme la plupart de celles du quartier avaient été pulvérisées par le souffle de l'explosion.

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L’article du Télagramme. Cliquer pour agrandir

Tag(s) : #actualités.

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