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Une maison bio-climatique en 1981 ?

C'est le titre de l'interview publié dans le numéro 10 de janvier 1981 du journal Nukleel ?, le journal des CLIN (Comités locaux d'Information Nucléaire). S'y exprime l'association "Plogoff Alternative". Celle-ci est une association loi de 1901 qui s'est créée le 9 mai 1980 après l'enquête publique à Plogoff et suite à un voyage au Larzac pour préparer le grand rassemblement de la Pentecôte 1980.

 

L'une de ses premières opération a été d'installer une éolienne ENAG de 650 watts pour alimenter la bergerie créée sur le site de Feunteun Aod. Dès les premiers toiurs de pale elle produisait un courant de 12 ampères sous 30 volts alimentant ainsi des batteries de 320 ampères.heure. Mais ceci n'était qu'un hors d'oeuvre, le vrai projet était de construire une maison autonome en énergie à Plogoff. Ce que détaillait un article de Nukleel ? daté d'avril 1981.

 

Gagner la guerre psychologique en démontrant qu'il y a des alternatives.

 

On s'approche de l'élection présidentielle, la tension est à son comble. Les tenants de l'énergie nucléaire livrent une véritable guerre psychologique à la population de Plogoff. L'association Plogoff Alternative décide d'y répondre par une proposition ambitieuse : la maison autonome.

Ce sera une maison économe en énergie utilisant des techniques utilisables par les artisans locaux : le soleil, le bois, une isolation à partir de matériaux locaux respectueux de l'environnement ...

Elle comprendra trois zones distinctes.

- Un grand hall d'accueil et d'exposition pouvant aussi servir de salle de réunion.

- Un espace bureau, archives, bibliothèque.

- Un logement de service.

Elle sera construite à Trogor, haut lieu des affrontements au cours de la lutte, sur un terrain acheté par la mairie et loué à l'association.

Un concours d'architecture a été lancé, quatre lauréats ont été retenus. Le gagnant sera désigné le 19 avril par un jury présidé par Haroun Tazieff.

Pourquoi le 19 avril ? C'est ce jour de Pâques, symbole de renouveau, qui a été retenu pour une fête à Plogoff au cours de laquelle sera lancée la mobilisation pour la construction de la maison autonome.

 

Maison autonome : l'affiche

Pour un tel évènement il faut une affiche qui marque. Elle sera confiée à un artiste qui sait exprimer à merveille l'esprit de cette région et de ses habitants : René Quéré.

 

René Quéré, dit une de ses biographie, "a cette capacité d’émerveillement devant la nature et la beauté des formes. Contours simplifiés, aplats de bleu, présences humaines allusives et effets plastiques donnent à ses œuvres une profondeur mystérieuse qui invite à la rêverie. À la limite de l’abstraction, il est l’artiste au cœur de son geste, témoin poétique qui sublime ses toiles des échos de la mer".

 

Qui, mieux que lui, pouvait comprendre et illustrer ce Cap Sizun et ses hommes et ses femmes faisant corps avec leur sol.

 

La lutte avait été sévère pendant l’enquête et certains avaient le moral en berne. René Quéré lui-même était alors victime d’un certain découragement très lisible dans une première affiche que ses commanditaires trouvaient "défaitiste". Ceci, pensaient-ils, dû au simple fait de la tristesse du peintre devant le noir dessein que la centrale promettait en cas d’échec.

 

Ses amis de Plogoff Alternative souhaitaient, par contre, illustrer des lendemains lumineux ! Il était temps de montrer autre chose que des têtes de mort associées au nucléaire. Ils lui proposent donc d’évoquer la fête, le printemps, le renouveau, la joie et l’avenir radieux que promettait leur lutte qui, ils en étaient certains, allait gagner !

 

Coup de fil de René Quéré dès le lendemain de la proposition… Est-ce que vous pouvez passer voir ce soir. Et là…  « René c‘est extra, tu ne touches plus à rien, cette affiche est magnifique, tu as tout compris »… Tout y était en effet : ce  soleil de feu en forme de rose des vents au dessus de la mer et de la terre du Cap, ces groupes joyeux et enthousiastes, ces ocres, ces bleus éclatants.

 

 

Juin 81. Des projets en quantité.

 

Miterrand est président, Plogoff a gagné. Plogoff Alternative a déjà les moyens de payer le gros oeuvre du projet et le candidat l'avait promis dans sa lettre au comité de défense :

 

"La politique de l'énergie que je mettrai en place reposera sur la recherche d'une croissance d'économie en énergie et sur la diversification de nos sources d'approvisionnement. Les crédits économisés par la réduction du programme nucléaire permettront d'augmenter fortement les moyens accordés aux économies d'énergie et aux énergies nouvelles. Ces investissements, à la différence du programme nucléaire, sont décentralisés, fortement créateurs d'emplois et réduisent tout de suite nos importations."

 

Economie, diversification, programmes décentralisés créateurs d'emplois... La Maison Autonome ne pouvait pas manquer d'entrer dans ce cadre et de bénéficier des crédits soustraits au nucléaire. L'avenir s'annonçait radieux.

 

Le projet

 

Et pourtant !

 

Il a fallu déchanter, le lobby du nucléaire veillait. Dès le mois d'août les jeux était faits. Pierre Mauroy, premier ministre, et Edmond Hervé secrétaire d'Etat à l'Energie, faisaient voter une loi qui balayait toutes les promesses de la campagne électorale.

 

 

Cela restera le regret des militants et associations : ne pas avoir réussi à conclure cette lutte magnifique par la preuve sensible du changement nécessaire. Trente ans plus tard les éolioennes et les installations solaires se développent en Bretagne. Le message des pionniers a enfin été entendu.

 

 

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