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Plogoff, un moment d’écologie populaire.

mercredi 6 avril 2011, par Gérard Borvon

 

Au moment où le lobby nucléaire reprend l’offensive, on se souvient de Plogoff. Six semaines de guérilla - pierres contre fusils - qui, pour la première fois, ont fait reculer EDF.


ECOREV mercredi 3 mai 2006

 

"Etonnant Plogoff" écrivait Yann Kermor dans un article de Libération de février 1980, "Etonnant Plogoff qui mènera décidément sa lutte antinucléaire en dehors des sentiers battus du militantisme traditionnel".

Le militantisme traditionnel en 1980 ? Des cortèges syndicaux de plus en plus clairsemés. Des grèves de 24 heures bien encadrées pour faire oublier les grandes frayeurs de 68. Des partis politiques à bout de course. "D’où peuvent sortir tous ces gens quand on sait que nos quatre grands partis politiques sont globalement favorables à l’énergie nucléaire", s’interrogeait, de son côté, Bernard Chapuis dans son billet du Monde, à propos des milliers de personnes régulièrement présentes aux rendez vous du Cap.

Oui, quelque chose de neuf était en train de naître. Une population de pêcheurs, de marins au "commerce" ou à la "royale", de retraités, entrait en rébellion au grand étonnement des autorités de l’Etat. Que cette population accueille, chez elle, sans trop sourciller, les centaines de jeunes des comités antinucléaires spontanément créés après le naufrage de l’Amoco Cadiz et leur fameux slogan "Mazoutés aujourd’hui, radioactifs demain", voilà qui était réellement sidérant... D’autant plus que se trouvaient au cœur de cette dynamique les "femmes de Plogoff" !

Et les voilà qui refusent la parole des "technocrates officiels" et qui organisent eux-mêmes leur information : scientifiques locaux mis à contribution, GSIEN régulièrement invité, et même des syndicalistes CFDT de La Hague et leur film "Condamnés à réussir".

Et les voilà encore qui sortent du Cap pour militer ailleurs : le Larzac, Chooz, Flamanville, Golfech. Et encore plus loin : des paysans japonais luttant contre la construction de l’aéroport de Narita, des pêcheurs de Minamata intoxiqués par le mercure...

Et tout cela avec cette certitude de gagner en pensant déjà à l’après Plogoff et à la mise en oeuvre d’un "projet alter breton". Pour une Bretagne sans pétrole et sans nucléaire. "Il est temps", disaient-ils, "de tuer des mythes qui ont la vie dure, et en particulier celui du "modèle de développement industriel" qui apporterait le bonheur à l’humanité. On produit et on vend n’importe quoi pourvu que ça rapporte. Qu’importe si les matières premières s’épuisent, si certaines régions sont véritablement laminées par ce rouleau compresseur."

Oui, il s’est passé quelque chose de neuf à Plogoff dont ont pu être témoins les milliers de personnes venues sur place soutenir la lutte et participer à des fêtes aussi mémorables que celle de la baie des Trépassés qui a clôturé les longues semaines "d’occupation".

Si ceux de Plogoff et leurs alliés se désignaient alors comme des "résistants" et surtout pas comme des "écologistes", ils savent, à présent, que l’aventure qu’ils ont vécue était un de ces grands moments "d’écologie populaire" dont nous rêvons qu’ils reviennent au plus vite.

 

Gérard Borvon.

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