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samedi 5 octobre 2013, par Gérard Borvon

 

Au moment ou se déroule la pire des catastrophes nucléaires au Japon il est important de rappeler l’exigence de la sortie du nucléaire.

Les promesses ne suffisent plus. Rappelons nous celle faite par François Mitterrand en 1981.

Avril-Mai 1981. La campagne électorale des présidentielles bat son plein. Sans doute grâce à Plogoff, mais aussi au Pellerin à Malville et aux autres lieux de mobilisation, le nucléaire est un sujet sur lequel aucun candidat ne peut faire l’impasse.


Cet article est extrait de "Plogoff, un combat pour demain" (Gérard Borvon, 2004)


Le 9 avril François Mitterrand a tenu meeting à Brest. Plogoff ne se fera pas si je suis élu, a-t-il promis.

24 avril : premier tour.

A droite : Giscard 28,3% - Chirac 18% - Debré 1,66% - M.F Garaud 1,33% (total 49,3%)

A gauche : Mitterrand 25,8% - Marchais 15,3% - Laguiller - 2,3% - Crépeau 2,2% - Bouchardeau 1,11%. (total 46,7%)

Ecologistes : Lalonde 3,9%.

Les jeux sont serrés. Giscard n’a pas acquis l’avance qu’il pouvait espérer malgré ses appels du pied aux électeurs socialistes et à ceux du centre-gauche. Mitterrand a largement devancé le PC dont le déclin se confirme. Le total de la gauche, cependant, révèle un retard de 2,6% sur celui de la droite. Brice Lalonde obtient un score honorable pour les écologistes. Ses 3,9% de voix compteront !

A Plogoff on attend le deuxième tour avec impatience. Le comité de défense et les Clin ont écrit à tous les candidats. Les questions portent sur Plogoff mais aussi sur l’ensemble du programme nucléaire civil et militaire.

La réponse de F. Mitterrand datée de la veille du premier tour arrive le lendemain des résultats. Véritable programme politique affiché par le candidat, elle mérite d’être reprise :

François Mitterrand Paris le 23 avril 1981

Les comités antinucléaires de Plogoff et de la région Mairie de Plogoff 29 113 Audierne

Madame, Monsieur,

Vous avez adressé aux candidats à la présidence de la république une lettre ouverte leur faisant part de votre opposition au projet de centrale nucléaire de Plogoff, et de votre indignation devant les méthodes employées pour imposer ce projet, indignation légitime que je partage.

Le programme électro-nucléaire actuel est en fait imposé sans aucun débat ni contrôle démocratique, le parlement n’a jamais été véritablement consulté. Quant aux populations locales vous êtes les mieux à même de savoir dans quel mépris elles sont tenues ; leur avis n’est sollicité qu’au travers de l’enquête d’utilité publique, procédure formelle et inadaptée.

Je crois au contraire que le nucléaire, question d’une importance vitale pour notre avenir justifie pleinement l’organisation d’un vaste débat dans notre pays : enfin informés, les Français pourront se prononcer par référendum. Je me suis engagé à ne plus ouvrir de nouveau chantier de centrale nucléaire, en particulier celui de Plogoff, avant que la conclusion de ce débat ne soit connue.

J’ai proposé un moratoire de manière à suspendre le développement industriel des surgénérateurs. En effet ceci engagerait des choix à long terme qui restent hasardeux en l’état actuel des techniques et des incertitudes qui pèsent sur le fonctionnement de cette filière. Mais Super-Phénix constitue un prototype dont les dépenses sont aujourd’hui engagées en presque totalité. Il s’agit de plus d’une coproduction européenne. Pour toutes ces raisons j’envisage aujourd’hui la mise en route de Super-Phénix à fin d’expérimentation, son fonctionnement étant bien entendu soumis à des conditions de sécurité très sévères.

Je crois bon de rappeler ici qu’il n’existe pas en France de loi-cadre nucléaire. Si je suis élu Président de la République je demanderai au gouvernement de soumettre au parlement une telle loi qui permettra entre autres de définir les prérogatives des Assemblées locales et nationales, les conditions du contrôle des choix par les citoyens et les élus et les règles de sécurité. La politique de l’énergie que je mettrai en place reposera sur la recherche d’une croissance d’économie en énergie et sur la diversification de nos sources d’approvisionnement. Les crédits économisés par la réduction du programme nucléaire permettront d’augmenter fortement les moyens accordés aux économies d’énergie et aux énergies nouvelles. Ces investissements, à la différence du programme nucléaire, sont décentralisés, fortement créateurs d’emploi et réduisent tout de suite nos importations.

En vous remerciant de bien vouloir faire connaître mes positions à l’ensemble des membres des comités que vous représentez, je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

François Mitterrand.

Est-il utile de commenter ?


Pour aller Plus loin : Plogoff, une victoire volée.

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